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Florent Ciccoli, chef de bandes

Les ouvertures se suivent (et se ressemblent), et pourtant, quand on demande aux Parisien·nes initié·es la liste de leurs refuges préférées, il y a fort à parier que le Café du Coin y figure – et en bonne place. Hit, mais pas it, ce resto-bar onziémiste applique la recette du véritable « lieu de quartier » chère à l’un de ses fondateurs, Florent Ciccoli. Un « idéal populaire » croqué par l’auteur Victor Coutard dans ce portrait pour le Fooding et dans un nouveau livre, sorti le 16 septembre aux éditions du Rouergue

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Florent Ciccoli

©Hugo Denis-Queinec

Les ouvertures se suivent (et se ressemblent), et pourtant, quand on demande aux Parisien·nes initié·es la liste de leurs refuges préférées, il y a fort à parier que le Café du Coin y figure – et en bonne place. Hit, mais pas it, ce resto-bar onziémiste applique la recette du véritable « lieu de quartier » chère à l’un de ses fondateurs, Florent Ciccoli. Un « idéal populaire » croqué par l’auteur Victor Coutard dans ce portrait pour le Fooding et dans un nouveau livre, sorti le 16 septembre aux éditions du Rouergue.

Par Victor Coutard

Le carrelage a été intégralement refait, mais même le plus habitué des habitué·es n’y verrait que du feu. Ce lundi de septembre 2025, le Café du Coin fêtait un nouveau départ. L’adresse du onzième, déjà culte dans son petit format, a poussé les murs, ouvert sa cuisine et s’étire désormais, comme si elle avait enfin trouvé des dimensions à sa mesure. Les tables s’alignent sur deux fois plus de surface, mais les conversations se déploient sans se bousculer, l’air et la lumière semblent circuler plus librement. « En fait, on ne l’a pas vraiment agrandie, glisse Florent Ciccoli, on a essayé de lui redonner son aspect initial. » Sur les plans d’origine qu’il a ressortis, le local faisait déjà l’angle complet avant d’être grignoté et morcelé. Ce retour au premier format était une manière de renouer avec l’histoire du lieu, de lui rendre son souffle originel.

Si le Café du Coin sonne toujours juste, près de neuf ans après son ouverture, c’est parce qu’il incarne l’aboutissement d’une vision plus large : un mélange malin d’entrepreneuriat, d’énergie collective et de plaisir. Derrière ses petites lunettes de philosophe autrichien, Florent s’épanche sur le modèle imparfait qui lui a donné un cadre, s’excusant presque qu’on lui tende le micro à lui, plutôt qu’à l’équipe qui l’entoure. De ses premières expériences au Rendez-vous des amis, encore étudiant (sur le papier) à Science Po, aux Caves puis aux Pères Pop’, jusqu’à Bones (devenu Jones), Le Cheval d’Or, Recoin et plus récemment La Joie, l’histoire se répète : une bande de pote transformant les amitiés en projets, des banquiers présentés par d’autres, des coups de main qui ouvrent les portes, l’envie de faire simple et bien, de transmettre aussi. La fameuse « énergie collective » dont il est question plusieurs fois n’est pas une formule lancée en l’air : c’est une méthode qui irrigue chacune des décisions prises par Florent. « Toute ma carrière, plutôt que de faire seul, j’ai préféré partager les responsabilités et transmettre ce que j’avais appris. »

Dans ce modèle, l’inclusion et la mobilité sociale tiennent une place à part. Prenez le cuisinier Minod Withana : arrivé comme commis au Café du Coin, il est aujourd’hui chef et associé de La Joie, une ancienne boucherie du quartier reconvertie en cantine sri-lankaise. De la plonge aux clés d’un restaurant, sa trajectoire raconte la possibilité, dans un milieu encore marqué par une hiérarchie rigide, d’évoluer, d’apprendre et de prendre la main. Alors que le secteur compte de nombreux·ses travailleur·ses étranger·ères occupant des postes invisibles, l’alliance avec Minod résonne comme un geste fort… que Florent ne manque pas de minimiser, comme à son habitude : « J’ai toujours ouvert des lieux avec d’anciens employés… Je n’ai jamais eu besoin de regarder leur passeport pour me décider », nous confiait-il récemment. De quoi donner de la visibilité à celles et ceux qui font tourner les cuisines et interroger la distribution du pouvoir dans la restauration.

Florent Ciccoli

Florent Ciccoli

©Hugo Denis-Queinec

« Je donne un cadre assez large, et après chacun y met sa personnalité. Finalement, tu sens que c’est autant chez eux que chez moi », développe le restaurateur en série. Un lâcher-prise qui permet à chaque adresse de devenir plus qu’une affaire : une galaxie d’associé·es, de travailleur·ses en salle, de cuisinier·ères, de producteur·rices et même d’habitué·es, qui redonne au très galvaudé terme « populaire » sa signification première – par le peuple, pour le peuple. Une composante également assurée par l’ouverture en continu du Café du Coin, de 8 heures à 2 heures. L’ouverture matinale fait venir une voisine qui reviendra pour le déjeuner, le déjeuner convainc un bureau entier de réserver pour l’apéro, l’apéro appâte le promeneur qui restera dîner. « L’économie du lieu repose sur la journée tout entière : c’est parce que tu as ouvert le matin à 8 heures que tu remplis le soir », résume Florent.

Dans le succès, l’imposant bonhomme garde une distance amusée. Il refuse l’étiquette de pionnier, même si ses adresses ont influencé toute une génération d’entrepreneur·ses et de bistrotier·ères. « On n’a rien inventé. On a juste repris des recettes qui marchent. Les cafés de quartier existaient, les restos qui sourçaient bien leurs produits aussi. On a simplement réuni les deux. » Un renouveau sans nostalgie, histoire de prouver qu’on peut servir un bon canon nature, une pizzetta maligne ou un plat du jour bien ficelé dans un décor de faubourg, sans surjouer ni exclure. Finalement, le bistrot de la rue Camille-Desmoulins reste son affaire la plus intime, née à l’époque où il devenait père et voulait travailler le jour plutôt que le soir. « C’était mon café de paternité, mon idée de la tranquillité », raconte-t-il. Sans en faire un trésor jalousement couvé pour autant. « Je ne vois pas mes affaires comme des petits précieux que je veux garder, mais comme des histoires qui peuvent continuer avec d’autres. » Ce détachement, loin de fragiliser ses projets, leur donne leur force : les adresses sont faites pour se transmettre, évoluer, se transformer, tant qu’elles restent habitées par celles et ceux qui les font vivre.

Alors, ce lundi-là, dans un Café du Coin restauré mais à l’esprit inchangé, les habitué·es retrouvent leur table ou s’en choisisse une différente, les dernier·ères venues découvrent le charme du lieu, et chacun·e s’y sent légitime à l’occuper. C’est le même bistrot de quartier, populaire et ouvert à toute heure, sauf qu’il a désormais l’ampleur d’une belle brasserie – et que tout y semble parfaitement normal.

Ce portrait a initialement été publié dans le guide Fooding 2026, un numéro anniversaire, où ont été croqués neuf autres inclassables de ces 25 dernières années à table.

Victor Coutard est journaliste et auteur de bouquins qui défendent le bon goût du beurre et de l’écorce de sapin. Arpenteur du rural, il en tire une newsletter avec des noms de patelins à trois particules dedans : « How to get lost in France ». Dernièrement, il a publié Idéal populaire (Le Rouergue), dans lequel il arpente la France à la rencontre de ces adresses où il fait bon et bien vivre, ensemble.

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Le nouveau guide Belgique est sorti du four !

Dans ce quatrième opus bigoût (en français côté pile, en néerlandais côté face – à moins que ne soit l’inverse ?), découvrez une partie mag « Nord-Zuid » qui met les pieds dans le plat (pays) pour se demander si la cuisine a une langue, mais aussi 150 adresses flambant neuves en Flandre, à Bruxelles et en Wallonie, ainsi qu’un palmarès de 10 spots au sommet de la belgitude.

Couverture du nouveau guide Belgique.
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Le Fooding est un guide indépendant de restaurants, chambres, bars, caves et commerces qui font et défont le « goût de l’époque » en France et en Belgique. Mais pas que ! C’est aussi un magazine où food et société s’installent à la même table, des événements gastronokifs, une agence événementielle, consulting et contenus qui a plus d’un tour dans son sac de courses…

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